En préambule, je souhaiterais t’inciter, ? lecteur, à la plus grande des prudences quant aux chiffres cités dans cet article. Non pas sur leur légitimité, mais sur leur justesse à rendre compte d’une réalité : le taux de récidive cité pour les majeurs est une moyenne, qui plus est, il recouvre l’ensemble des délits. Pour des chiffres plus fins, pour une image plus précise, il faudrait prendre en compte le taux pour chaque délit, tel qu’ils sont classifiés par la justice. N’oubliez jamais qu’un chiffre en tant que tel ne parle pas et surtout qu’il ne vous exonère pas de votre droit et devoir le plus important : réfléchir et chercher à comprendre.
D’après une étude de Pierre Tournier, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des questions pénales, le taux de retour en prison, cinq ans après une libération, était en moyenne de 41% en 2008. Ce pourcentage concerne les anciens détenus majeurs, tous délits et crimes confondus. Cette donnée n’est pas à prendre en tant que telle, mais nécessite de la part du lecteur un effort pour l’interpréter, la décortiquer et lui donner un sens. A titre d’exemple, pour l’OIP (Observatoire international des prisons), le taux de récidive des mineurs soumis à l’enfermement est de 85%.
A voir avec quel empressement les politiques en général et le gouvernement actuel en particulier aiment à monter en mayonnaise des faits divers ? porteurs ? au niveau électoral, tels que les récidives des délinquants sexuels ou des homicides, on a intérêt à avancer prudemment si on décide de discuter de ce sujet.
Pour ma part, j’ai pu rencontrer et échanger avec un ancien détenu, libre depuis trois mois après avoir purgé une peine de trois ans, entre les Baumettes à Marseille et le centre de détention de Salon. Je souhaitais avoir son point de vue sur la réinsertion, partant du principe que ces deux thèmes, récidive et réinsertion sont fatalement liés. C’est le résumé de cet échange que je souhaite te faire partager, lecteur, témoignage d’un bout de parcours individuel.
Est-ce que tu pensais à ta réinsertion professionnelle pendant ta peine ?
Oui, forcément, tout de suite. De toute fa?on, soit tu penses à ?a, soit tu penses à continuer les conneries, alors…
Est-ce qu’il y a des outils, des ressources qui t’aident à construire cette réinsertion ?
Oui, mais faut vraiment se débrouiller seul. En début de peine, tu rencontres un conseiller pour faire connaissance, puis tant que tu ne poses pas de questions, tu ne les vois pas. ?a dure une demi-heure à peine et si t’as pas de questions, pas d’idées, on t’aide pas, ce n’est pas évident. Moi, je voulais un papier pour m’expliquer ce que je pouvais faire ou ne pas faire en sortant. En fait, c’est un collègue qui me l’a dit, un mec qui est sorti et rerentré. Après, le conseiller, tu le revois une fois, avant de sortir et c’est tout. Ce qui rend fou, c’est que tu ne sais pas ce que tu peux faire ou pas. On te laisse en chien, c’est plus les récidivistes qui t’expliquent comment ?a se passe.
Et tu peux faire la demande pour revoir un conseiller ?
Oui, c’est assez facile. Tu leur écris et ils te re?oivent une semaine ou deux après. Mais bon, ce n’est pas évident, ils t’aident pas trop. Tu ne sais pas trop ce qui va se passer dehors, l’habitude fait que tu as plus peur qu’autre chose. Avant de rentrer, j’avais fait des démarches pour faire une formation. Dès le début, je leur ai dit, à la juge, au conseiller. Au bout d’un an et demi, j’ai été refusé, ils m’ont dit qu’ils ne me connaissaient pas assez. Bon, faut dire que les conseillers à Salon, il y en a trois pour 600 détenus et je ne te parle même pas des Baumettes. Alors…
Et à part ces conseillers, rien d’autre ?
Si. Il y a aussi des personnes extérieures, des patrons qui viennent. Moi, j’avais rencontré un patron qui faisait des chantiers avec les détenus. On avait bien accroché mais c’est peu évident de continuer à garder les relations.
Est-ce qu’on t’a préparé à la sortie, en t’expliquant les démarches à faire ?
Non, on te donne tes affaires et c’est tout. J’ai vu qu’on avait mis un papier dans mes affaires pour me dire d’aller aux Assedics, mais sans plus.
Professionnellement, tu en es où ?
J’ai feinté pour rentrer dans une entreprise de déménagement. Le patron était intéressé mais une fois qu’il a su ma situation, il s’est rétracté. A cause du casier judiciaire, je crois.
Tu ne l’avais pas indiqué sur ton CV ?
Non, pour combler les trous, j’ai dit que j’avais eu des problèmes de santé, ce n’est pas évident à dire…
Et du coup, tu as quelque chose ?
J’ai fait un chantier d’insertion mais ?a ne m’allait pas donc j’ai vu avec P?le Emploi. Je rentre en formation bient?t.
Quelles sont les plus grosses difficultés que tu rencontres dans la vie de tous les jours ?
Le contact avec les gens, ce n’est pas évident. On devient un peu parano, agressif, on est marqué par les habitudes de vie en prison. Quand tu rencontres quelqu’un que tu connais et qui demande des nouvelles, tu ne sais pas trop quoi répondre. Sinon, gérer un budget, c’est galère. Pendant ta peine, t’as pas d’argent à gérer, pas d’infos sur les prix, combien ?a co?te. J’ai fait les courses y a pas longtemps et j’ai acheté sans faire gaffe aux prix. Tu en as beaucoup, quand ils sortent, qui veulent se rattraper, se faire plaisir et qui br?lent l’argent en deux deux. En prison, avec le système des bons de cantine, les prix n’ont rien à voir et tu t’habitues aux prix de là-bas.
Avec le peu de recul que tu as, est ce que tu peux me dire ce dont tu aurais eu besoin pour mieux préparer ta réinsertion ?
En fait, de rester sous la tutelle d’un juge qui te suit un peu, qui te dit ce que tu peux faire ou pas. Beaucoup de choses passent par les juges. Il y a des associations de réinsertion qui existent mais je l’ai appris qu’après ma sortie, pourtant ?a aurait pu m’être utile.
Propos recueillis par Jér?me Aubrun (Marseille Bondy Blog)
Illustration de Ben 8
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